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Les liens entre Afrique et Europe sur les questions de souveraineté et de solidarité au coeur du colloque de Dakar

27 janvier - Lutter contre la « Françafrique », c’est réfléchir aux liens que la France et ses multinationales entretiennent avec le continent africain, et c’est lutter contre le cœur du système libéral qui a besoin de zones à exploiter et à manipuler pour mieux maintenir un mode de vie inégalitaire, injuste et anti-écologique en France ou en Europe. La prédation a assez duré et il est temps de bâtir d’autres relations plus saines, plus démocratiques et plus solidaires avec l’Afrique, en particulier les pays francophones.

Ce matin, dans le cadre d’un colloque à Dakar sur les liens entre Afrique et Europe sur les questions de souveraineté et de solidarité, j’ai dirigé une table ronde sur les rapports de coopération entre l’Afrique et l’Europe, avec les spécialistes Frauke Banse, Massimo Amato, Ndongo Samba Sylla et Ali Zafar.

Nos interventions ont tourné entre le financement allemand du développement en Afrique, sur la monnaie et la dette, sur le lien entre dette et souveraineté dans le cadre du Franc CFA, et sur la modernisation des rapports entre Afrique francophone et Europe.

Voici le texte de mon introduction à la table ronde :

« Bonjour à tous,

Je vous remercie de m’avoir donné l’opportunité de présider cette deuxième session du colloque international qui s’intitule « de nouveaux rapports de coopération entre l’Afrique et l’Europe ? ».

Je remercie également chaque invité d’être présent pour nous éclairer sur cet enjeu particulièrement important pour la compréhension globale des relations entre l’Afrique et l’Europe sur les enjeux de libération, de souveraineté, et de solidarité.

Je tiens avant tout à excuser Kako NUBUKPO, commissaire du Togo à l’UEMOA, en charge du Département de l’Agriculture, des Ressources en Eau et de l’Environnement.

Il est finalement retenu par ses obligations professionnelles.

C’est Massimo AMATO professeur d’histoire économique et de la pensée économique à l’université de Milan, qui nous fera le plaisir d’intervenir en son nom et au nom de Monsieur NUBUKPO.

Tous les deux travaillent ensemble depuis très longtemps notamment sur les questions économiques et monétaires d’Afrique de l’Ouest et il sera en visio depuis Milan pour parler du problème crucial des liens entre monnaie, dette et développement.

Avant cette intervention, je cèderai la parole à Madame BANSE, qui est politologue et enseignante à l’Université de Kassel.

Elle nous parlera de la politique africaine allemande notamment sur les questions d’aide au développement.

Puis NDONGO SAMBA SYLLA prendra la parole sur la question du Franc CFA, sujet qu’il maitrise à la perfection.

Son travail est brillant et pédagogique, et c’est l’un des économistes qui m’a permis de comprendre les enjeux de la réforme du Franc CFA en ECO, et que j’ai cité dans le cadre des débats parlementaires qui se sont tenus il y a un an sur ce sujet.

Ses travaux sur la monnaie et sur la refonte du système monétaire ouest-africain sont éclairants.

Enfin, la dernière intervention ira à Ali ZAFAR, qui est économiste spécialiste des politiques de développement.

Il collabore et conseille parmi les institutions les plus importantes du multilatéralisme, au premier rang desquels les Nations-Unies, et il évoquera avec nous la modernisation des rapports entre l’Afrique francophone et l’Europe.

Pour ma part je souhaiterais introduire cette session en questionnant l’essence même de ce que signifie aider.

Pour les communistes, l’aide n’appelle pas de dette ni de contre-don. C’est bien aujourd’hui, à mon sens, la différence fondamentale que nous avons avec le gouvernement français.

Toutes les politiques publiques sont devenues comme cela depuis l’avènement du néolibéralisme dans les années 1980.

Depuis l’aide aux plus défavorisés en France, les indemnités pour les privés d’emploi, jusqu’à l’aide publique au développement dans le monde, l’État français attend désormais un remerciement, et une contrepartie à ses aides.
Pourtant, l’aide n’existe que parce que le système capitaliste produit de l’inégalité, de l’injustice et de la pauvreté, qu’il faut impérativement limiter.

L’aide n’est pas une aumône.

C’est une sorte de reconnaissance implicite de l’injustice fondamentale du système.

Mais l’aide telle qu’elle est proposée aujourd’hui par la France est détournée de ces enjeux.

Elle sert à faire avaler la pilule de la colonisation économique, en mettant en place des projets économiques pilotés par des entreprises françaises et non pas avec des entreprises locales, ou bien elle sert à faire en sorte d’utiliser des produits français importés, etc.

Le ministre français des Affaires étrangères Le Drian l’a d’ailleurs dit clairement à l’occasion d’une question au gouvernement le 16 février 2021.
Il veut que l’APD soit « un outil de puissance au service de la France ».
Et cet outil de puissance, c’est l’inverse du proverbe où l’on apprend à pêcher à celui qui a besoin d’aide plutôt qu’à lui donner du poisson.
C’est une aide qui rend dépendant.

Aujourd’hui, cette dépendance, patiemment mise en place par les États les plus riches est mise à profit pour pénétrer les territoires avec les multinationales occidentales, des multinationales qui négocient leurs taux d’imposition, et qui fraudent les fiscs du monde entier.
Finalement, cette aide n’est qu’un colonialisme économique travesti en aide humanitaire.

C’est ce qui m’a fait dire, lors de différents débats sur l’aide publique au développement et sur celui du Franc CFA-Éco que nous avons dépassé la phase de la Françafrique pour entrer dans l’ère de la « multinationale-Afrique », qui ne sert même plus les intérêts nationaux égoïstes, mais uniquement ceux des plus grandes entreprises.

Allons même plus loin : l’État est désormais au service des intérêts de ses puissantes entreprises.

La diplomatie française est devenue purement commerciale, et l’objectif de nos diplomates consiste à aider nos entreprises à s’implanter et à vendre sur les différents marchés mondiaux.

La diplomatie n’a plus que le terme de vente et de contrats à la bouche. Certains diplomates dénoncent cela publiquement…

Et du fait de cette coopération uniquement tournée vers la rentabilité de l’aide et d’une diplomatie commerciale et d’influence, on en arrive à la situation dramatique qui touche le Sahel aujourd’hui où on a le Burkina Faso lundi, et avant, la Guinée, le Tchad ou évidemment le Mali qui voient les régimes démocratiques s’effondrer parce que la France n’a jamais soutenu les peuples de ces États-là.

Elle n’a soutenu que les chefs d’État, et les a laissé faire ce qu’ils voulaient, au nom d’une continuité diplomatique qui aidait la France à garder ses contrats commerciaux et son influence.

À l’Assemblée nationale, nous ne cessons de dénoncer cela, en prévenant l’État que la France et son armée ne sont plus bienvenues en Afrique.
Nous ne cessons d’alerter, de proposer des changements de direction tant qu’il en est encore temps !

Les tensions sont extrêmes, les convois militaires français sont attaqués, les dictateurs sont maintenus coute que coute contre les peuples, et rien n’est fait.

Lorsque j’interroge le ministre des Affaires étrangères sur ce point, il ne comprend même pas de quoi je parle !

Il ignore mes alertes en disant que je ne connais pas le terrain, que ses relations avec les pays d’Afrique sont très bonnes et que lui, le seul sujet qui l’inquiète, c’est l’influence russe.

Il refuse de comprendre que l’influence russe est liée à l’effondrement de la France depuis 5 ans !

Et qu’elle est liée à cette guerre au Sahel qui sert à protéger les intérêts économiques des entreprises françaises, et non pas les peuples du terrorisme.

Nous sommes donc aujourd’hui dans l’impasse.

L’arrogance française en Afrique de l’Ouest est l’histoire d’un terrible échec, et je pense que les réflexions d’intervenants d’après permettront de tracer collectivement des constats et des solutions afin de mieux comprendre comment sortir de cette ornière pour parvenir à une situation stabilisée et de sécurité globale.

Je cite souvent le spécialiste des relations internationales Bertrand Badie qui évoque ce terme de « sécurité globale », en reprenant le Programme des Nations-Unies pour le Développement.

Je le cite :
« le monde ne vivra jamais en paix tant que les gens ne connaitront pas la sécurité dans leur vie quotidienne.
Et les origines de ces conflits pourraient être profondément enracinées dans une misère et des disparités socio-économiques de plus en plus criantes.
Dans un tel environnement, c’est du développement et non des armes que peut naître la sécurité humaine ».

Bertrand Badie explique bien que la plupart de nos conflits viennent, dit-il, « de la décomposition des sociétés, de l’inadaptation des sociétés aux conditions mêmes de la mondialisation.

Bref, cette nouvelle conflictualité internationale, c’est le rebond de cette insécurité humaine. »

Essayer d’atteindre la paix, c’est mettre fin à toutes les insécurités humaines, qu’elles soient alimentaires, environnementales ou sanitaires.
Pour cela, il faut que les États soient capables de lutter collectivement pour parvenir à maitriser ces menaces.

Les communistes soutiennent une autre mondialisation :

- celle de l’amitié entre les peuples et de la paix,

- celle des échanges qui vont dans les intérêts des droits
o sociaux,
o environnementaux,
o culturels,

- et donc, celle qui permettra de mettre en place des instruments efficaces pour lutter contre l’insécurité humaine globale.

Avec une défense implacable du droit international, et en portant ce genre de coopération, un cercle vertueux d’amitié entre les peuples et de solidarité pourrait s’enclencher, et, au final, notre État gagnerait en crédibilité diplomatique…

Elle mettrait enfin des actes sur des mots, et cela permettrait de créer une véritable coopération.

Chers intervenants, je vais donc vous donner la parole afin d’ouvrir les réflexions !

Je commence donc par donner la parole à Madame Frauke Banse, qui va nous parler de la politique allemande d’aide au développement.

Je vous remercie. »